L’Initiative pour les droits humains au Burundi

Le prix mortel de l’opposition

Cette série d’études de cas, intitulée « Le prix mortel de l’opposition », explore la façon dont des Burundais ont perdu la vie à la suite de meurtres politiques depuis la fin . L’Initiative pour les droits humains au Burundi (IDHB) publie ces cas dans le but de conserver l’attention du public à leur égard, et de maintenir la pression sur les autorités burundaises afin qu’elles rendent justice.

Ces cas ne représentent qu’une faible proportion des homicides à motivation politique au Burundi au cours de la période précédant les élections de . Les meurtres et autres violations graves des droits humains contre des membres de l’opposition – une caractéristique du paysage politique au Burundi depuis de nombreuses années – ont fortement augmenté au cours du deuxième semestre de , ainsi que du premier semestre de . L’IDHB espère qu’en mettant en lumière quelques cas emblématiques, elle peut également contribuer à une évolution positive dans d’autres cas – et, en fin de compte, aider à éviter de nouvelles violences politiques.

Le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) a été déclaré vainqueur des élections présidentielle, législatives et locales du . Les résultats ont été vivement contestés par le principal parti d’opposition, le Congrès national pour la liberté (CNL), qui a allégué des fraudes à grande échelle et a affirmé que près de 400 de ses membres avaient été arrêtés et détenus arbitrairement pendant et après la période électorale. La Conférence des évêques catholiques du Burundi – l’une des rares organisations indépendantes à avoir déployé des observateurs électoraux – a également signalé de nombreuses irrégularités.

Il est urgent que le pays sorte de la crise politique, économique et de droits humains qui a dévasté le Burundi depuis . Cependant, les vies perdues avant les élections de ne peuvent pas être passées sous silence – comme cela a été le cas à maintes reprises dans l’histoire sanglante du Burundi. Le nouveau gouvernement a le devoir de faire de l’impunité un souvenir du passé et d’empêcher les attaques de représailles, ainsi que de nouvelles violences politiques.

L’IDHB a enquêté sur chacun des cas présentés dans cette série. Les récits sont basés sur des entretiens approfondis avec plusieurs témoins oculaires et d’autres sources proches de ces événements, ainsi que sur des pièces justificatives quand elles étaient disponibles. L’IDHB n’a pas révélé l’identité des témoins pour leur protection.

L’IDHB a soumis ses conclusions concernant ces cas au gouvernement burundais et aux autorités judiciaires, ainsi qu’à la direction du CNDD-FDD. L’IDHB continuera d’appeler à agir concernant ces cas ainsi que d’autres, jusqu’à ce qu’il existe un processus crédible pour traduire en justice les responsables des meurtres politiques.

Dans la majorité des cas figurant dans cette série, les victimes étaient des membres du CNL – principal rival du CNDD-FDD lors des élections de . L’IDHB a choisi ces cas en raison de leur brutalité particulière, et parce qu’ils mettent en évidence l’implication des autorités locales ou des responsables du parti au pouvoir, ainsi que l’impunité qui les protège. La plupart des auteurs présumés étaient des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure, agissant parfois de connivence avec des autorités administratives locales et des représentants locaux du CNDD-FDD. Dans l’une des études de cas, des membres de la police ou des services de renseignement ont tué des individus accusés d’appartenir à l’opposition armée.

Les réaction publiques des membres du gouvernement burundais et du CNDD-FDD face à ces meurtres sont allés du silence et de l’indifférence apparente aux dénis catégoriques et aux déclarations blâmant l’opposition pour la plupart ou la totalité des violences. Peu d’enquêtes crédibles ont été menées sur ces affaires, et encore moins des poursuites judiciaires crédibles.

En règle générale, les Imbonerakure qui auraient été impliqués dans ces meurtres ont échappé à la justice, tandis que des membres du CNL ou des connaissances des victimes ont été arrêtés à leur place, souvent de manière arbitraire et sur la base de fausses accusations. Quelques Imbonerakure ont été arrêtés, mais la plupart d’entre eux ont été libérés rapidement. Certains ont continué de menacer les familles des victimes, même après avoir tué leurs proches. De nombreuses familles ont trop peur de demander justice, de sorte que les affaires sont effectivement classées.

Plusieurs Imbonerakure et d’autres membres du CNDD-FDD ont également été tués ou blessés en et , certains lors d’affrontements avec des membres du CNL, d’autres dans des circonstances qui restent obscures. L’IDHB a tenté d’enquêter sur plusieurs de ces cas et a demandé des informations complémentaires au gouvernement burundais et au CNDD-FDD, mais n’a pas encore été en mesure de confirmer l’identité des auteurs ou bien si ces meurtres avaient des motivations politiques.

Les cas présentés dans cette série seront un test pour le président du Burundi nouvellement élu, Évariste Ndayishimiye, et pour le système judiciaire national. Au cours de la période préélectorale, Ndayishimiye a proclamé à plusieurs reprises son engagement à mettre fin à l’impunité, notamment concernant la violence politique. Il a maintenant l’occasion de démontrer cet engagement en plaidant afin que la justice soit rendue pour les familles des victimes, et en veillant à ce que celles-ci ne soient pas oubliées.