Le prix mortel de l’opposition
Cette série d’études de cas, intitulée « Le prix mortel de l’opposition », explore la façon dont des Burundais ont perdu la vie à la suite de meurtres politiques depuis la fin . L’Initiative pour les droits humains au Burundi (IDHB) publie ces cas dans le but de conserver l’attention du public à leur égard, et de maintenir la pression sur les autorités burundaises afin qu’elles rendent justice.
Ces cas ne représentent qu’une faible proportion des homicides à motivation politique au Burundi, surtout au cours de la période des élections de . Les meurtres et autres violations graves des droits humains contre des membres de l’opposition – une caractéristique du paysage politique au Burundi depuis de nombreuses années – ont fortement augmenté au cours du deuxième semestre de , ainsi que du premier semestre de . Ils ont diminué après les élections de , mais ont repris en . L’IDHB espère qu’en mettant en lumière quelques cas emblématiques, elle peut également contribuer à déclencher des actions visant à enquêter et à poursuivre en justice les auteurs dans d’autres cas – et, en fin de compte, aider à éviter de nouvelles violences politiques.
Le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) a été déclaré vainqueur des élections présidentielle, législatives et locales du . Les résultats ont été vivement contestés par le principal parti d’opposition, le Congrès national pour la liberté (CNL). Des centaines de membres du CNL ont été arrêtés avant, pendant et après les élections, et à la suite d’attaques par des groupes armés en et . Des dizaines de personnes ont été enlevées par de présumés agents du service de renseignement ; la plupart d’entre elles ont été retrouvées en prison ou dans d’autres centres de détention par la suite, mais d’autres n’ont plus jamais été revues. Certaines ont été victimes de disparitions forcées et sont présumées mortes.
L’IDHB a mené des enquêtes détaillées sur chacun des cas présentés dans cette série. Les récits sont basés sur des entretiens approfondis avec plusieurs témoins oculaires et d’autres sources proches de ces événements, ainsi que sur des pièces justificatives quand elles étaient disponibles. L’IDHB n’a pas révélé l’identité des témoins pour leur protection.
L’IDHB a soumis ses conclusions concernant ces cas au gouvernement burundais et aux autorités judiciaires, ainsi qu’à la direction du CNDD-FDD. L’IDHB continuera d’appeler à agir concernant ces cas ainsi que d’autres, jusqu’à ce qu’il existe un processus crédible pour traduire en justice les responsables des meurtres politiques.
Dans la majorité des cas figurant dans cette série, les victimes étaient des membres du CNL. L’IDHB a choisi ces cas en raison de leur brutalité particulière, et parce qu’ils mettent en évidence l’implication des autorités locales ou des responsables du parti au pouvoir, ainsi que l’impunité qui les protège. La plupart des auteurs présumés étaient des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure, agissant parfois de connivence avec des autorités administratives locales et des représentants locaux du CNDD-FDD. Dans l’une des études de cas, des membres de la police ou du service de renseignement ont tué des individus accusés d’appartenir à l’opposition armée.
Les réactions publiques des membres du gouvernement burundais et du CNDD-FDD face à ces meurtres sont allées du silence et de l’indifférence apparente aux dénis catégoriques et aux déclarations blâmant l’opposition pour la plupart ou la totalité des violences. Peu d’enquêtes crédibles ont été menées sur ces affaires, et encore moins des poursuites judiciaires crédibles. Dans un seul cas, deux Imbonerakure ont été jugés coupables et condamnés à 15 ans d’emprisonnement pour leur implication dans l’enlèvement et le meurtre d’un membre du CNL.
En règle générale, les Imbonerakure qui auraient été impliqués dans ces meurtres n’ont pas été tenus de rendre des comptes par le système judiciaire, tandis que des membres du CNL ou des connaissances des victimes ont été arrêtés à leur place, souvent de manière arbitraire et sur la base de fausses accusations. Quelques Imbonerakure ont été arrêtés, mais la plupart d’entre eux ont été libérés rapidement. Certains ont continué de menacer les familles des victimes, même après avoir tué leurs proches. De nombreuses familles ont trop peur de demander justice, de sorte que les affaires sont effectivement classées.
Plusieurs Imbonerakure et d’autres membres du CNDD-FDD ont également été tués ou blessés, certains lors d’affrontements avec des membres du CNL ou à la suite d’attaques armées, d’autres dans des circonstances qui restent obscures. L’IDHB a tenté d’enquêter sur plusieurs de ces cas et a demandé des informations complémentaires au gouvernement burundais et au CNDD-FDD, mais n’a pas encore été en mesure de confirmer l’identité des auteurs ou bien si ces meurtres avaient des motivations politiques.
Les cas présentés dans cette série restent un test pour le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, et pour le système judiciaire national. Ndayishimiye a proclamé à plusieurs reprises son engagement à mettre fin à l’impunité, notamment concernant la violence politique. Il a l’occasion de démontrer cet engagement en plaidant afin que la justice soit rendue pour les familles des victimes, et en veillant à ce que celles-ci ne soient pas oubliées.