L’Initiative pour les droits humains au Burundi
Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD (à gauche), et le président Évariste Ndayishimiye (à droite), au congrès du parti au pouvoir à Gitega, le 22 janvier 2023. © 2023 Privé
Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD (à gauche), et le président Évariste Ndayishimiye (à droite), au congrès du parti au pouvoir à Gitega, le . ©  Privé

Une alliance précaire

Qui détient le pouvoir au Burundi ?

L’année a été marquée par des changements politiques spectaculaires au Burundi. Le président Évariste Ndayishimiye a fait ce qui avait été impensable : il a destitué le premier ministre autrefois très puissant, Alain Guillaume Bunyoni.

Le nouveau rapport de l’Initiative pour les droits humains au Burundi, « Une alliance précaire : qui détient le pouvoir au Burundi ? », analyse les relations entre les personnalités influentes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et leurs tentatives de consolider leur pouvoir. Il documente la formation « patriotique » de milliers de membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure, et les actes d’intimidation et les mauvais traitements de membres de partis d’opposition.

La destitution de Bunyoni a peut-être réaligné l’équilibre du pouvoir en faveur du président Ndayishimiye, mais cette nouvelle dynamique pourrait être temporaire. Le président Ndayishimiye pourrait essayer de couper les ailes de Ndikuriyo, le secrétaire général du CNDD-FDD, qui l’a défié de façon implicite. Vu la popularité de Ndikuriyo parmi les Imbonerakure, une telle action pourrait entraîner de nouveaux bouleversements en .

Le président Évariste Ndayishimiye (à droite) accompagne le président congolais Félix Tshisekedi à l’aéroport de Bujumbura le 23 mai 2022. © 2022 Privé
Le président Évariste Ndayishimiye (à droite) accompagne le président congolais Félix Tshisekedi à l’aéroport de Bujumbura le . ©  Privé

Une opération de dissimulation

Depuis , l’armée burundaise a envoyé des centaines de militaires et de membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, dans la République démocratique du Congo, pour combattre le groupe d’opposition armé burundais RED-Tabara. Un silence officiel entoure l’opération militaire. Des militaires et des Imbonerakure traversent la frontière de manière clandestine et ont été avertis de ne pas parler de leur mission.

Le rapport de l’Initiative pour les droits humains au Burundi, « Une opération de dissimulation : la mission secrète du Burundi au Congo », documente l’opération militaire et la lie à une tendance de militarisation croissante au Burundi. Il décrit la mobilisation à grande échelle des Imbonerakure pour participer à leurs « devoirs patriotiques », ainsi que des discours intransigeants prononcés par le secrétaire général du parti au pouvoir – des développements qui devraient inquiéter les acteurs internationaux.

Dr Christophe Sahabo. © 2022 Privé
Dr Christophe Sahabo. ©  Privé

La saga du Kira Hospital

Le Dr Christophe Sahabo, directeur du Kira Hospital, a été détenu depuis plus de six mois, en attente de son procès pour des crimes économiques présumés. Sa détention illégale par le Service national de renseignement pendant six semaines et sa destitution semblent avoir été orchestrées par de hauts responsables de l’État en vue de prendre le contrôle des actifs de l’hôpital. Des agents du service de renseignement ont également arrêté son frère et son avocate, tandis que d’autres personnes impliquées dans l’affaire ont reçu des menaces anonymes.

Une analyse de l’Initiative pour les droits humains au Burundi décrit le mépris flagrant des procédures régulières tout au long de ces événements ainsi que l’implication de hauts responsables de l’État. L’affaire représente un test pour le président Évariste Ndayishimiye : va-t-il insister pour que la loi soit respectée ou va-t-il se contenter de ne rien faire, protégeant ainsi les puissants responsables impliqués ?